Rosetta de
Jean-Pierre et Luc Dardenne: un film de résistance
[Paru dans TOUDI
n° 23, novembre 1999]
This is no Hollywood !
Les problèmes
conjugaux d’un couple de la classe moyenne ne m’intéressent absolument pas,
ni la peinture de la crise des achats à crédit des téléphones de voitures.
Avec tout le respect que je dois au monde des valeurs de la classe moyenne, je
ne le vois pas comme cinématographiquement intéressant
Aki
Kaurismäki 1991
Les flonflons cocardiers voire chauvins, les
tentatives de « récupération-exploitation » symboliques du
monarque ainsi que du monde politique, académique et médiatique s’étant
enfin estompées, il nous tardait de pouvoir enfin aborder très librement (donc
en ayant payé notre ticket d’entrée) et très subjectivement « Rosetta » en tant qu’oeuvre cinématographique, étant
entendu qu’il est difficile de ressentir autrement toute oeuvre de création...
Nous allons donc essayer discerner quelle est la place des frères Dardenne dans
l’art (qui est aussi une industrie) cinématographique et de quelle « famille »
d’auteurs on peut les rapprocher, l’important n’étant pas qu’un film de
Wallonie remporte une palme d’or mais bien qu’il s’agisse de ce film là !
Nous ne nous attarderons d’ailleurs pas sur la place de Rosetta
dans l’histoire du cinéma belge, nous laisserons bien volontiers ce privilège
à d’autres personnes évidemment toujours bien intentionnées...
Rosetta dans
l’histoire du cinéma
L’une des choses les plus frappantes de Rosetta,
et cela nous apparaît encore plus que dans
La Promesse, c’est la quasi absence de « références »
au cinéma américain. Expliquons-nous un peu, il ne s’agit pas ici d’évoquer
les films de consommation courante débités à la chaîne par l’industrie cinématographique
américaine, il s’agit plutôt de la quasi impossibilité de raccrocher Rosetta
à l’imaginaire « universel »
véhiculé par cette industrie y compris par les auteurs qui ont su (ou pu ?)
oeuvrer au sein de celle-ci. Prenons un exemple, les cinéastes de la nouvelle
vague française et les Cahiers du cinéma
rejetaient presque toute la production cinématographique française des années
50 et encensaient des cinéastes comme Hitchcock,
Ford,
Hawks,
Lang,
Fuller,
Ray etc. La passion-admiration de
Truffaut pour Hitchcock
est connue, le personnage interprété par Belmondo dans À
bout de souffle ne se rêvait-il pas en Humphrey
Bogart ? Que venait faire là cette jeune Américaine incarnée par Jean
Seberg ? Samuel Fuller ne faisait-il pas une apparition dans Pierrot
le fou et Fritz Lang n’occupait-il pas un des rôles centraux dans Le Mépris
?
On peut aussi trouver de nombreux points communs
entre Le Pickpocket de Robert
Bresson (bien que ce dernier ne fasse pas historiquement partie de la
nouvelle vague) et le Pick-up on
South Street réalisé peu
auparavant par Fuller, nous ne attarderons même pas les films « noirs »
de Jean-Pierre Melville ! Ce même « rêve » américain se retrouva aussi dans la nouvelle vague
allemande, que ce soit chez Fassbinder ou
plus encore chez Wenders.
Aujourd’hui il fait encore des apparitions dans certains films du Finlandais Aki Kaurismaki ou de cinéastes de Hongkong tel Wong Kar Waï. Bien qu’étant issu d’une génération qui a été
bercée par le cinéma américain, les frères Dardenne le laissent très peu
paraître, ce qui englobe la musique le Jazz et Rock étant absents. Dans une
interview récente, Jean-Pierre Dardenne évoqua brièvement Samuel Fuller, ce qu’on peut comprendre en voyant l’aspect rude,
sans fioritures, coup de poing de Rosetta,
petit soldat en collants moutarde, combattante de la guerre économique qui
secoue l’Occident.
Le jusqu’au-boutisme et la rage solitaire qui anime
celle-ci presque jusqu’à la fin du film, rappelle le personnage interprété
par John Wayne dans The searchers
(La prisonnière du désert), ce
dernier étant prêt à toutes les extrémités pour retrouver sa nièce enlevée
par une tribu indienne. La trahison
de Rosetta peut aussi évoquer celle de Gypo Noland dans The informer (Le mouchard)
d’un autre film de John Ford, Gypo
livrant à la police britannique un de ses amis membre de l’IRA, cette
trahison étant récompensée par une somme d’argent lui permettant
d’acheter un billet de bateau afin d’émigrer aux Etats-Unis et d’échapper
ainsi au chômage. Bien sûr entre Ford et les Dardenne, il y a de nombreuses
différences: on ne trouvera chez ces derniers aucune trace des fameuses scènes
de beuverie et de bagarre récurrentes chez le premier, ainsi que la forte
nostalgie du pays perdu (l’Irlande) qui le travaillait. Par contre, on peut
retrouver un certain sens de l’humanisme et une même volonté de filmer à
« hauteur d’homme » (et de femme). Un autre irlando-américain
qu’il est intéressant d’évoquer est Robert
Flaherty. Longtemps appréhendé comme documentariste, on reconnaît
aujourd’hui que les oeuvres de celui-ci tels Nanouk ou L’homme d’Aran
contenaient une part plus ou moins importante de « mise en scène »
ou de « représentation ». Ainsi, lorsque Flaherty réalisa au
milieu des années 30 L’homme d’Aran,
il y avait déjà de nombreuses années que les habitants de ces trois îles de
la côte ouest de l’Irlande avaient cessés de pêcher le requin, ils
portaient de moins en moins le costume « traditionnel »
dont on les voyait affublés (béret et pull en laine rouges, pampooties aux
pieds, etc.). Dans la « réalité »,
aucun pêcheur d’Aran n’aurait pris la mer lors d’une tempête semblable
à celle que l’on voit à la fin du film. C’est pour les besoins du film et
à la demande de Flaherty, que
certains n’hésitèrent pas à risquer leur vie pour affronter un océan déchaîné
et si esthétiquement parfait... Cette évocation rapide nous permet de régler
un point qui est celui de l’aspect documentaire de Rosetta .
Aux esprits paresseux qui prétendent que Rosetta
est une oeuvre essentiellement documentaire, même si les frères Dardenne ont réalisé
ou produits de nombreux documentaires, nous rappellerons cette petite phrase de Godard qui considérait que toute fiction réussie contenait
toujours une part plus ou moins grande d’aspect documentaire. La frontière
entre le fictionnel et le documentaire est presque par essence impossible à
tracer de manière nette, pour citer quelques noms de contemporains, ou s’arrête
le documentaire « pur » (si une telle chose existe !) chez Raymond
Depardon, Frederic Wiseman,
Manu
Bonmariage
ou Richard Ollivier, étant entendu
que filmer le réel ne peut avoir lieu autrement que par le biais d’une représentation...
Prenons un exemple célèbre, où s’arrête l’aspect documentaire, ou si
vous préférez où commence la fiction dans
Déjà s’envole la fleur maigre de Paul
Meyer ? Dans Rosetta, l’extrême
attention apportée aux gestes quotidiens de celle-ci tient tout autant du
documentaire que de la dramaturgie et de la tension interne du film.
Ce qui est considéré à tort comme du documentaire,
c’est le refus de jouer voire de faciliter l’identification du spectateur
avec le personnage central du film, ressort traditionnel d’un certain cinéma.
Il faut ajouter que le refus de ce ressort s’étend aussi aux personnages
secondaires, que ce soit Riquet, la mère de Rosetta ou son patron, tous ont
leur part d’ombre et de lumière. C’est en cela que l’on peut dire que
Rosetta n’est pas un film consensuel, en repoussant tout « psychologisme », en refusant de s’attarder sur les raisons
qui poussent leurs personnages à agir et donc de les juger, les Dardenne
s’inscrivent volontairement dans une certaine tradition minoritaire du cinéma,
tradition essentiellement présente en Europe.
Le refus du misérabilisme
Même si pour un grand nombre, Rosetta fut perçu
comme un OVNI dans le ciel cinématographique, il peut être rattaché à une
famille imaginaire qui remontrerait aux origines mêmes du cinéma, avec d’un
coté, les Frères Lumière (tiens d’autres frères !) et de l’autre Georges
Mélies, le cinéma spectaculaire et celui qui ne l’est pas... Le Grand-père
idéal de cette famille serait le Jean
Renoir de Tony (1934), film
joué par des acteurs non professionnels et se déroulant dans le milieu des
immigrés italiens ouvriers agricoles saisonniers dans le sud de la France,
milieu où Renoir raconta comment Tony
devint un meurtrier et finit abattu par la gendarmerie...Le père idéal serait Roberto
Rossellini, les deux oncles étant le Visconti
(celui de Ossessione ou de Rocco)
et Robert Bresson. Il n’est pas
inintéressant de remarquer que ce furent presque uniquement des cinéastes
européens qui filmèrent le monde ouvrier considéré dans un sens large, à
ces noms on peut ajouter par exemple ceux de Pasolini,
de Fassbinder, de Kaurismäki, hors Europe et donc dans un contexte différent, on
citera Ford (Les raisins de la colère par exemple) et les Japonais Ozu
et, plus rarement, Mizoguchi (La
rue de la honte). Nous citons ces noms plutôt que d’autres parce ces
auteurs ne sombrèrent jamais dans l’ouvriérisme ou le misérabilisme. Ce que
nous voulons évoquer par ce biais, c’est le fait qu’avec un tel scénario
de base, les Dardenne évitent avec talent deux écueils récurrents lorsque le
cinéma s’attardent sur le monde ouvrier ou les « pauvres »:
soit la magnification de ces derniers en incarnation de l’avenir radieux du
genre humain (l’agit-prop soviétique des années 30), soit l’exotisme
social, quelque chose du genre: ces gens ne sont vraiment pas comme nous,
observons donc un peu leurs étranges moeurs et coutumes !
C’est ce refus du misérabilisme (aussi bien
intentionné soit-il) qui, à notre avis, sépare les Dardenne du cinéma
« social » anglais, les Dardenne n’étant certainement pas des Ken
Loach wallons comme l’on écrit certains journalistes étrangers, ils sont
beaucoup plus proches de la démarche du cinéaste écossais Bill Douglas, auteur notamment d’une trilogie sur sa jeunesse
dans une ville minière d’Ecosse. C’est aussi ce qui les sépare du
Marseillais Robert Guédiguian (Marius & Jeannette). Nous tracerons brièvement un parallèle,
qui étonnera peut-être certains, entre les frères Dardenne et le finlandais Aki
Kaurismäki. Si nous évoquons ce dernier ici, c’est parce qu’il fut
l’un des seuls à filmer le monde ouvrier dans les années 80 par le biais de
ce qu’il appelle, non sans humour, sa trilogie prolétarienne (Des
ombres au paradis, Ariel , La fille aux
allumettes ). Son film Au loin
s’en vont les nuages aborda en 1996 la question du chômage dans un pays
connaissant un taux similaire à celui de la Wallonie. Nous citerons ici un
extrait de la formidable étude que la revue Contre Bande a consacrée au cinéaste finlandais (1), Nathalie
Nezick écrit notamment que « son approche de la réalité du chômage
dans son pays ne s’embarrasse pas de discours, il ne se contente pas d’une
” représentation de la représentation ” du
chômeur. Pas de discours misérabiliste qui conduirait à sous-estimer la réalité
politique et à en diminuer l’efficacité critique. Kaurismaki n’hésite pas
à sacrifier ” l’image idéale au réalisme ” (Brecht)
de la situation. Il laisse ainsi l’être social déterminer la conscience de
ces personnages. À aucun moment, il ne manipule ces personnages sur le plan
dramaturgique pour les rendre à une vérité de la représentation. Les procédés
de réduction esthétiques qu’il met en oeuvre le sont plus par souci de vérité
sociale que par souci de réalisme social » (2). Il nous semble
qu’une telle appréciation pourrait être faite concernant Rosetta. Par ailleurs, ces auteurs se sont aventurés à filmer le
travail lui-même, chose pourtant traditionnellement jugée comme presque par
essence anti-cinématographique. Il est en effet frappant de constater que si le
cinéma s’est souvent penché sur le monde ouvrier, il a très rarement filmé
l’acte du travail lui-même, comme s’il s’agissait là d’un lieu
inaccessible, ainsi pour prendre deux exemples connus, on ne voit aucun ouvrier
au travail dans Misère au Borinage de
Storck et Ivens
ou Déjà s’envole la fleur maigre
de Paul Meyer. Il y a très peu
d’exemples où l’acte de travail en tant que tel est filmé, on peut penser
aux « Temps modernes » de Chaplin
où était mis en image le travail à la chaîne ou « La
bête humaine » de Jean Renoir
où l’on voyait « réellement » oeuvrer des cheminots. dans une démarche
similaire à celle de Kaurismäki dans
« la fille aux allumettes »,
on peut voir Rosetta répéter quotidiennement les gestes de son travail.
La Wallonie
« simplement » et un aspect « christique »
Enfin Aki est, avec son frère Mika, celui qui a
implanté la Finlande sur la carte mondial du cinéma, il est intéressant de
constater qu’il l’a fait sans recourir à ce que l’on pourrait appeler un
« discours national ».
Nous entendons par là que, pour lui, la Finlande « est », elle existe en tant que donné historique et social, il
n’y a pas de volonté de faire découvrir ou d’affirmer face au monde
l’existence d’une Nation de 5 millions d’habitants parlant une langue
incompréhensible pour quasiment toute la planète . Nous pensons que les
Dardenne agissent (consciemment ?) de même avec la Wallonie, elle est « simplement » là dans leur film, prenons un exemple,
Kaurismaki affuble souvent ces personnages « fortunés »
ou « puissants » de noms
suédois, il faut vraiment bien connaître l’histoire de la Finlande pour
savoir que 6% de la population y parlent le suédois et représentent les
anciennes élites politiques du pays, le spectateur finlandais lui le sait... De
même pour Rosetta , il
s’agit d’un prénom italien, le film n’évoque pas les raisons de ce prénom.
Nous, nous devinons pourquoi, mais que peut connaître par exemple un spectateur
finlandais de l’immigration italienne en Wallonie?
Il s’agit là, dans les deux cas, d’une démarche
d’une grande maturité vis à vis du monde extérieur, enraciner une fiction
dans un donné « national »
devenant ainsi le meilleur moyen de donner à celle-ci une véritable dimension
universelle, c’est à dire dépassant le cadre même de son lieu d’origine.
Bien sûr les différences stylistiques sont nombreuses entre ces cinéastes, ne
serait-ce parce que le très pince-sans-rire Kaurismäki est un protestant, il est plus par la forme très proche
du janséniste Bresson.
Ce qui nous amène à un autre point important qui
est la persistance chez les frères Dardenne des traces importantes de ce que
l’on pourrait appeler l’imaginaire « chrétien »
(et c’est un agnostique qui l’écrit...) ; imaginaire que l’on
retrouve chez Ford, Rossellini,
Pasolini,
Fassbinder, et aussi chez des cinéastes
plus récents comme les américains Martin
Scorcese et Abel Ferrara (Bad Lieutenant) ou le Danois Lars
Von Trier (Breaking the waves). Rosetta
n’est pas un film pour cinéma paroissial (de toute façon, cela n’existe
plus !), mais on pourrait écrire que le chemin de croix de Rosetta s’incarne
dans une bonbonne de gaz, pensons aussi à sa prière « païenne »
ou « hérétique »
qu’elle récite le soir avant de s’endormir... Tant ce film que le précédent
aborde la thématique de la Rédemption, les Dardenne, contrairement à Fassbinder et dans une moindre mesure Pasolini, espérant toujours celle-ci possible. La rage animant
Rosetta n’étant d’ailleurs pas sans évoquer celle qui anima toute
l’oeuvre de Fassbinder, grand spécialiste
de « prenoms-titre » (Le
mariage de Maria Braun, Les
larmes amères de Petra Von Kant, Effi
Briest, Lola, Martha, Le secret de Veronika Voss,
Tous les autres s‘appellent Ali,
etc.).
Enfin, il nous faut évoquer la modernité cinématographique
des frères Dardenne tant en ce qui concerne la forme que le fond. Sur la forme,
c’est assez évident avec l’emploi de la vidéo, les prises de vues caméra
à l’épaule, le refus de la musique comme élément dramaturgique, Rosetta
pourrait être sans difficulté estampillé « Dogma N° XX » tant ce
film évoque les règles édictées et initiées par le Danois Lars
Von Trier dans sa Charte cinématographique « Dogma 95 » (voir
son film Les idiots et Festen de son compatriote Thomas
Vinterberg). Par ailleurs, on ne peut que constater l’attrait des frères
Dardenne pour la vitesse, le mouvement, dans Rosetta même la mobylette de
Riquet ou les autobus du TEC ont l’air d’aller vite, ce qui fait que l’on
ressort de la vision du film physiquement épuisé...La violence est quant à
elle réellement violente, pensons à la scène où Riquet se fait éjecter par
son patron du chalet à gaufres, cette fascination pour la vitesse fait penser
aux maîtres du genre que sont les cinéastes de Hongkong ( par exemple John
Woo et l’époustouflant Wong Kar Waï).
En ce qui concerne le fond, sont présents les grands acquis de la narration
moderne comme le recours au « hors
champ » (le bruit de la mobylette de Riquet perçu en premier lieu
comme celle du gérant du camping), l’aspect lacunaire, incomplet des
informations transmises aux spectateurs, par exemple l’origine inconnue des
maux de ventre violents qui agitent Rosetta. Pourquoi vit-elle dans un camping ?
Où est le père de Rosetta ? etc.
Nous espérons que les quelques lignes qui précèdent
n’apparaîtront pas comme une sorte d’embaumement vivant des frères
Dardenne, nous sommes en effet persuadés que le meilleur est encore à venir et
que leurs prochains films dépasseront la barre placée très haut par Rosetta.
En conclusion, nous écrirons que Rosetta restera comme une oeuvre qui « imprégnera
durablement l'imaginaire du cinéma contemporain » (2), un film sans
concessions à l’air du temps, irrécupérable et inexploitable, un véritable
acte de résistance dans son sens le plus civique ou « citoyen » du terme, nous dirons donc simplement merci à
Jean-Pierre et à Luc Dardenne.
François André
Notes
On peut lire le scénario de La promesse et de Rosetta
qui vient de paraître aux éditions des Cahiers
du cinéma, on peut aussi s’abonner à Contre Bande en écrivant à l’Université de Paris I, Institut
d’Esthétique et des Sciences de l’Art , association Contre Bande, 162
rue Saint Charles 75740 Paris cedex 16, le prix de l’abonnement est de 140 F
Français par an.
On peut enfin aller voir le dernier film d’Aki
Kaurismäki Juha (s’il sort un
jour en Belgique...), film muet et en noir et blanc d’une grande pureté qui
évoque notamment celle du Marchand
de quatre saisons de Fassbinder.
(1) Nathalie Nezick La classe ouvrière ira au paradis in Contre Bande n°5, mars 1999, p.162
(2)
Olivier Séguret dans Libération du
29-09-99.
Nous avons eu la curiosité d’alller
voir sur Internet les jugements de plusieurs spectateurs du film et de faire
suivre cette succession d’avis des commentaires de Cronenberg qui noussemblent
bien introduire à la problèmatique sur le cinéma que Rosetta permis de faire
naître.
ROSETTA (sur Internet: jugement de quelques internautes)
Très mauvais
- 1/11/99 - Nicolas François
Un navet. Amateurisme sur toute la ligne. En salle, la
sortie de secours a rendu bien des services ... De qui se fout-on ? Si vous
tenez vraiment à y aller, prévoyez un bon walkman histoire de combler les
nombreux temps morts, une boite d'aspirine pour contrer l'effet "caméra
à la bougeotte", et une lampe de poche pour vous échapper au plus vite
sans vous faire trop remarquer (organisez-vous en groupe de préférence).
Personnes en quête d'une bonne soirée s'abstenir.
Très mauvais
- 31/10/99 - Le Cap
Vous pensez qu'il s'agit d'un documentaire tourné par un
amateur peu fortuné? Faux! c'est un vrai film avec des acteurs payés et tout
ça! Même que c'est belge et que ça a reçu la Palme d'Or à Cannes. Il est
donc de bon ton d'aller voir Rosetta et d'en parler dans les cocktails
mondains, un verre de champagne à la main. Du sous-Zola bon marché.
Très mauvais
- 29/10/99 - Emmanuel Infantes
Rosetta hésite entre le film et le documentaire. Du
coup il a les inconvénients du reportage (mauvaise prise de vue, absence de
scénario) sans en avoir les avantages (force due au réel) Non seulement on
passe un moment désagréable, mais on n'en sort pas non plus
"grandi", il n'y a ni beauté ni amour, on y apprend rien. A aller
voir néanmoins, ne serait-ce que parce que c'est un film hors du commun Et
puis pour vous ce sera peut-être diffèrent...
Excellent
- 18/10/99 - Vanessa Buyst
Si pour vous le cinéma n'est que le synonyme de détente
et distraction, n'allez pas voir Rosetta, mais le dernier StarWars. Si, par
contre, il reste un art où l'on peut s'exprimer librement, ou une fenêtre
ouverte sur l'homme, les frères Dardenne vont vous faire plaisir. C'est très
dérangeant de réaliser que tout est vrai et que ça arrive près de chez
nous. C'est bon de se le rappeler et de se dire qu'on est pas si mal
dans nos basquettes. Bravo!
Très mauvais
- 8/10/99 - Jean CUVELIER
Rarement vu un film aussi mauvais. Filmé comme à la
sauvette, cadrage bougeant tout le temps, absence de scénario (la trame est
aussi mince qu'une tranche de carpaccio). Il me semble que le fait qu'un film
aborde un sujet social (justifié) ne légitime pas sa médiocrité
affligeante.
Excellent
- 5/10/99 - José Fontaine
Pourquoi aller au cinéma? Certes, pour une détente, un
"beau" film comme par exemple "Un dimanche à la campagne"
si l'on veut. Mais il y a aussi des films qui sont - si l'on peut dire! -
"simplement" des oeuvres d'art. Comme Rosetta. Et cela déçoit même
ceux qui aiment le "bon" ou le "beau" cinéma. Rosetta
appartient à un autre genre comme les très grands films de ce siècle, comme
aussi les très grandes oeuvres de l'histoire. Que dire d'autre? Le fait même
que ce film ne plaise pas à certaines personnes confirme ce que je viens de
dire et que je viens de dire sans aucun dédain. Sommes-nous assez à la
hauteur en Wallonie - en Wallonie (et à Bruxelles), j'insiste sur ce point -
pour apprécier non seulement ce qui est beau mais ce qui est grand? C'est
aussi la question posée par "Rosetta" qui est "grande",
d'une grandeur assez typique de ce que nous sommes, je pense. Et qui n'est pas
la "grandeur" française par exemple...
Excellent
- 2/10/99 - Sébastien Corneille
Rosetta a au moins le mérite de susciter la réaction des
spectateurs. Personne ne sort indifférent de la salle. Pour certains, c'est
la déception, voir de la rage... Pour d'autres, c'est l'extase, l'admiration.
Il est parfois très douloureux d'être confronté à une réalité que l'on
ne voudrait voir. Il faut énormément de talent pour faire vivre cette réalité
au travers d'une fiction. Simplicité du scénario - Banalité de la vie de
Rosetta. Tout cela devrait nous faire réfléchir sur le bien fondé du combat
de Rosetta.
Très mauvais
- 1/10/99 - GARCIA BERMUDEZ, Andrés
Quelle MERDE de film: fait par un réalisateur clairement
en déprime, il réussit à déprimer aussi l'audience. L'on y sors avec des
propos suicides. J'étais vraiment dégoûté et en rogne à la fin: quel gâchis,
dépenser 250 francs pour cela! (et en plus les intellos à Cannes lui
octroient la Palme d'Or). Bref!, il faut surtout pas y aller.
Excellent
- 30/09/99 - cedric rosenbaum
film très étonnant, très attachant, très original dans
sa construction...les Dardenne nous attachent sur l’épaule de Rosetta, et
ils nous font vivre quelques jours de sa vie, on souffre comme elle, on se bat
comme elle, on ment comme elle, bref on est Rosetta pendant une heure et
demie.....ça c'est génial, car a base d'une petite histoire toute simplette
pour la plupart des gens(la recherche d'un emploi pour les gens pas riches)on
nous montre en fait que c'est un vrai marathon, un vrai combat, ou des gens
tombent, ou d'autres gagnent, et Rosetta essaye de gagner, a tout prix..... je
ne sais pas si j'ai convaincu, mais moi ce film m'a convaincu, j’ai aimé...bien
que je crois que peu de monde accepterait de vire ça réellement... cedric
Bon
- 28/09/99 - Richard Cop
Que penser de Rosetta ? Il est de ces films ... ambigus qui
suscite un certain dégoût mêlé d'une certaine admiration. Ce film m'a dérangé,
déprimé, suscité une réaction. Ce que je reproche à ce film, c'est le
manque de climax (introduction, action,
conclusion), condition nécessaire si l'on veut être pris
par l'histoire. Les nombreuses
répétitions rituelles, le style documentaire, haché, mal
filmé de Rosetta nous donne l'image d'un train train quotidien sans issue qui
pourrait très bien correspondre à notre vie. Rosetta fait passer le travail
avant toutes choses. Le travail, pour elle, c'est la vie. Elle ne vole pas,
n'escroque pas, ne se drogue pas, ne boit pas, ... l'image d'une personne
voulant s'insérer dans notre société. C'est le genre de personne qui aurait
plutôt tendance à être encouragé. Mais non! Elle nous agace. On a cette
envie de la gifler, de lui dire : Réveilles-toi!! Réveilles l'humain qui est
en toi. Elle est un peu l'image de ce que de nombreuses personnes ne
voudraient pas devenir : un outil de production inhumain. Quand j'ai vu ce
film, j'ai été pris d'une angoisse, la peur de devenir comme elle car nous
sommes tous susceptibles de tomber dans
ce piège. En chacun de nous, sommeille une Rosetta.
Mauvais
- 27/09/99 - André CADET
Je suis très, très déçu par ce film et je ne suis pas
le seul; j'ai en effet rencontré de nombreux spectateurs au festival de
Namur, des professionnels et des amateurs. Peu m'ont avoué avoir aimé ce
film. Qu'est-ce qu'il leur a pris aux frères Dardenne de filmer à la manière
d'un reportage en urgence. On se croirait à une émission où l'on veut
montrer un maximum dans un minimum de temps. Sur grand écran, l'effet
est mauvais, au point d'avoir envie de quitter la salle après
une demi-heure. De plus, on ne peut pas dire que le cadrage soit très au
point et si c'est voulu, le spectateur est complètement oublié dans ce film.
Film sur la société? Quelle société? L'actrice principale est toujours
seule, filmée la plupart du temps de dos. A nouveau, si c'est voulu, c'est
une erreur technique où le spectateur se sent floué. On croirait qu'on est
sur la lune. Pas de personnages, pas d'entourage, pas de vie (un camping
vide), des voitures roulant à vive allure, sur la quatre bandes qu'elle au
moins 6 ou 7 fois...Ce film génère l'ennui et peut-être même la gêne. Si
c'est le but des réalisateurs, il l'atteignent, mais rebutent des spectateurs
moyens qui auront du cinéma belge, d'une palme d'or, d'un film encensé (sincèrement
ou non) par des critiques un regard dégoûté et seront peu enclins à
continuer à fêter ce cinéma qui actuellement a la côte. J'avais tellement
aimé "La Promesse", où on rencontrait de vrais sentiments, des
problèmes actuels traités de manière vraiment cinématographique... Quelle
déception, je dis et je répète, le cinéma ce n'est pas cela. Rendez-nous
de vrais scénarios, c'est extrêmement urgent!!!
Moyen
- 19/09/99 - M.Detry
L'intention des réalisateurs est superbe . La fraîcheur
d'Emilie sauve le climat parfois sordide .Finalement persiste un petit goût
d'inachevé : scénario simpliste, caméra au poing obsédante et dérangeante(c'est
voulu!),pas de musique, pas de cheminement, pas de solutions au problème
proposé(chômage).Trop de veulerie(délation, non assistance, marasme) face
à la rareté des sentiments nobles, hormis la dernière image, trop furtive.
On aurait aimé voir Emilie dans le registre suggéré par cette finale. Où
doit-on classer le film : documentaire social ? fiction ? bon téléfilm ?
Bravo aux frères Dardenne , même si l'on reste un peu sur sa
Avant
de laisser la parole au Président du Jury de Cannes, on ne peut s’empêcher
de signaler l’erreur de nombreux internautes critiquant ce film comme « documentaire ».
D’une
part, un « documentaire » suppose une construction filmique déjà
très importante. D’autre part, dans le film des Dardenne, le travail sur les
images, les prises de vue et jusqu’aux objets présents dans le film (la
petite moto, les bus, les truites, les chaussures etc.), apportent infiniment,
un peu comme les mots du conteur, ses mimiques peuvent transformer un récit
plat en récit captivant et signifiant. Ils apportent aussi énormément à un
scénario (dont certains internautes estiment qu’il est inexistant!), d’une
grande complexité, mais d’une bonne complexité rejoignant la vie pure.
Quels
énormes contresens! On a raison de penser que Cronenberg a aidé les Dardenne
par son choix à introduire une autre conception du cinéma, et finalement un
autre cinéma tout court. Aussi passionnant que l’habituel, mais renouant avec
le caractère épique, emblématique, passionné du cinéma muet. Qui
s’accordait si bien à l’épopée et à la grandeur (même comique):
Charlot, Buster Keaton, Dreyer et Jeanne d’Arc, Eisenstein et l’histoire de
la Révolution, Abel Gance etc.
Les
mauvaises humeurs de certains internautes donnent infiniment raison à
Cronenberg. Il fallait consacrer un autre cinéma que le cinéma de l’habitude
qui s’enlise dans le plaisir répétitif d’aller au cinéma voir un « bon »
film. Élitisme. Ce film ne dérange pas que le conforts esthétiques.
JF
(2)
Extraits
de l’interview (par Laurent Rigoulet) de Cronenberg in Libération du 2 juin 1999 (sur l’attribution des prix au
festiival de Cannes)
(3)
David
Cronenberg, de retour à Toronto, travaille à l'écriture de son prochain
film et suit de loin la vive discussion suscitée par les choix du jury qu'il
présidait à Cannes. Pour Libération,
il a accepté de sortir de sa réserve.
(4)
Au-delà d'un ressentiment de l'industrie américaine, le
palmarès a aussi été critiqué en rance pour son «élitisme», qui
aggraverait une fracture entre cinéma d'auteur et cinéma populaire.
(5)
Tout
part du postulat que nous, membres du jury, pouvions être animés de cette
volonté de réconcilier cinéma d'auteur (high
art ) et cinéma commercial, ce qui n'était pas du tout notre but.
Certains critiques partent de l'idée que quelques films dans la compétition
étaient à même d'œuvrer pour cette «réconciliation»; mais qui peut dire
quel film va être populaire? Le film d'Almodovar était très populaire auprès
des critiques et des spectateurs cannois, ça ne veut pas dire que le public
d'une petite ville américaine ira le voir. Mon désir, tel que je l'ai
communiqué au jury et tel qu'il s'y est finalement retrouvé, n'était pas de
tenir compte de ces paramètres mais de répondre avec la subjectivité la
plus pure - c'est tout ce que nous avons, il n'y a pas la moindre objectivité
en jeu - et de réagir de la manière la plus directe possible aux films présentés.
Nous étions excités, très curieux et très heureux de voir tous ces films,
et nous avons mis en place un processus très démocratique de discussion et
de vote. Les films élus sont ceux pour lesquels nous avons eu l'élan du cœur
le plus pur. Nous n'avions pas d'intention politique. Sans l'avoir voulu de
manière consciente, nous avons xprimé nos sentiments sur le cinéma, c'est
évident, mais ça n'avait rien d'un processus intellectuel. Nous 'étions pas
un groupe d'agitateurs subversifs se réunissant le soir dans une cave pour
abriquer une bombe. Parmi les dix membres du jury, il y avait une diversité
d'opinions magnifique et nous n'avions pas la moindre idée de ce que chacun
allait dire avant qu'il ne s'exprime. C'était toujours une surprise ou un
choc quand nous entendions les opinions des autres. Les films choisis l'ont été
passionnément. Il n'y a jamais eu de volonté délibérée de choisir un film
qui prendrait tout le monde à rebrousse-poil. Chaque récompense voulait
vraiment dire quelque chose pour nous. On ne se sentait pas animés d'une
volonté radicale ou antihollywoodienne. Jeff Goldblum et Holly Hunter vivent
à Hollywood et s'y sentent dans leur élément, mais ils sont à fond derrière
ces choix.
(6)
Comment interprétez-vous l'idée largement exprimée que
votre jugement va à l'encontre du goût du public?
(7)
J'y
entends que Hollywood a fait subir un lavage de cerveau au monde entier.
Pourquoi avoir un jury, au bout du compte? Si la popularité est le seul critère
d'appréciation, il faut tout simplement laisser les spectateurs d'un film
voter, et vous obtiendrez le prix du film le plus populaire. Nous avons ça au
Festival de Toronto: tous les spectateurs remplissent un bulletin en quittant
la salle et choisissent le film qu'ils préfèrent. Pas de jury, juste un vote
populaire, et l'on obtient un équivalent du box-office. En d'autres termes,
pourquoi s'ennuyer à organiser des festivals et ne pas directement récompenser
les films qui rapportent le plus d'argent? C'est l'état d'esprit de
Hollywood. Le problème, c'est que ça ne concerne qu'un certain type de cinéma,
très puissant mais qui n'est pas seul au monde. Quand on parle d'«élitisme»,
de quoi parle-t-on? Plus une œuvre est difficile, complexe, profonde, plus le
spectateur doit travailler pour la comprendre et pour y avoir accès, moins
nombreux seront ceux qui auront envie ou seront à même de le faire. Je ne
vois pas là d'élitisme ou d'arrogance, c'est juste une autre manière de
considérer le cinéma, ou la littérature ou la musique. Je n'ai rien contre
les films simples qui font appel directement aux émotions. Ils ne sont pas
menacés. Mais ce qu'on voit après Cannes dans les avis exprimés par des
critiques virulents comme Tod McCarthy, de Variety,
c'est de la pure propagande hollywoodienne. Il a respiré cet air pendant si
longtemps qu'il ne croit pas qu'il puisse en exister un autre. C'est triste
leur logique.Il faut bien comprendre que Cannes est devenu une insulte pour
les Américains. Ils voient ce festival comme quelque chose de merveilleux et
ils le désirent. Et, comme ils ne parviennent pas à le posséder, ils
commencent à le haïr. Ils disent que le festival a perdu sa raison d'être,
qu'il n'est pas «pertinent» («irrelevant»).
Voilà un mot merveilleux qui a été utilisé pour parler des films que nous
avons choisis. Qu'est-ce que ça veut dire? Je crois que Harvey Weinstein, le
patron de Miramax, s'est exprimé en ce sens. J'aimerais qu'il m'explique en
quoi Shakespeare in Love est plus
pertinent que Rosetta.
Qu'est-ce que ça signifie qu'une comédie à l'eau de rose dans l'Angleterre
élisabéthaine soit, pour lui, un film artistique, alors que Rosetta
manque de pertinence? De nombreuses
critiques se sont élevées contre un palmarès qui se rangerait du côté des
films les plus pessimistes... Voilà le problème: c'est très subjectif
mais, quand je vois Rosetta, je ne suis pas déprimé; je suis, au contraire, excité et
euphorique. C'est peut-être un film pessimiste en certaines de ses
observations sociales mais sûrement pas en termes de cinéma. Il faut savoir
de quoi on parle quand on évoque le pessimisme et il faut aussi décider si
c'est nécessairement une mauvaise chose. Un film qui critique certains
aspects de la nature humaine ou de la société n'est pas pessimiste dans la
mesure où le cinéaste trouve l'énergie et le désir d'apporter un
commentaire. Le vrai pessimisme serait de ne pas faire ce genre de film, de
penser que c'est sans espoir et qu'il ne reste rien à dire. D'une certaine
manière, le cinéma hollywoodien est le plus pessimiste parce qu'il évite
tout commentaire sur la réalité et affirme que discuter ne sert à rien,
qu'il vaut mieux s'évader et gagner de l'argent.
(8)
Vous avez quitté Cannes réjoui.
Oui, très enthousiaste, grâce à
ce que j'ai vu. Même les films qui nous ont paru ratés, nous les avons trouvés
excitants parce qu'ils tentaient quelque chose. Les critiques voient sans
doute trop de films à Cannes; si un film ne tire pas toutes les bonnes
ficelles dans les dix premières minutes, ils s'endorment, s'énervent et se
sentent insultés. Pourquoi se sentir agressé par un cinéaste qui met deux
ans de sa vie pour exprimer quelque chose, même si son talent n'est
finalement pas à la hauteur de son ambition? Pour moi, ça reste excitant.
Chaque fin d'année, l'Académie des oscars nous envoie quarante à cinquante
cassettes de films. C'est un minifestival avec essentiellement des films américains,
et ça, c'est vraiment une expérience déprimante. Parce qu'on voit partout
le même schéma et on se sent terriblement reconnaissant envers le moindre
film qui essaie de trouver une piste légèrement différente.